La migraine de la veille fait vite place à l’excitation de cette étape. Moins de 5 heures de sommeil pour aborder l’étape qui nous fait frissonner depuis les prépas ! Le grain de sel de notre aventure.

C’est à 8 heures que nous mettons le cap en direction d’Aktobe !

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Difficile de suivre les indications du GPS il n’y a pas de direction.

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Inutile de demander sa route auprès des locaux. A l’aide de grandes croix mimées de leur bras ils tentent de nous dissuader de poursuivre notre grain de folie.  No road ! Nous arrivons au bout du bitume. Et même devant l’ultime usine les employés tenteront de nous expliquer qu’il n’y a plus de route à partir d’ici.

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Nous laissons la civilisation derrière nous pour 48heures de traversée de notre désert. Déterminés, seuls face à nous même. Nous y sommes, aux portes de notre point culminent.

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Il n’y a rien, aucun indice pour nous raccrocher à une quelconque direction à suivre. A travers la steppe, les pistes de sable se croisent et s’entrelacent. Les 5 premiers kilomètres sèment le doute dans notre détermination. Puis des débris de camions décrits par un précédent voyageur font leur apparition, clairsemés puis balisant la piste principale. Voilà nous sommes sur le bon rail ! 600 km de solitude nous attendent. Les difficultés sont terrifiantes sur les premiers 10km. Le terrain est scruté en détail, à pied avant d’engager la moto sur les endroits où la poussière se transforme en sable. 

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Qu’importe le temps qu’il nous faudra pour rejoindre la prochaine ville. Maintenant que nous sommes certains d’être sur cette route qui n’existe pas,  nous abordons dans le calme chaque passage épineux. Nous grignoterons kilomètre après kilomètre. 

P6040037Des plaques de bitume ici et là nous prouvent que dans une autre époque l’axe routier rouge dessiné sur la carte a bien existé. La route détruite par les conditions climatiques aux amplitudes extrêmes, les pneus des Kamaz  transformant le ruban en gruyère ont eu raison de cet enrobant posé sur le sable de la steppe. 

La route n’est plus entretenue depuis des dizaines d’années. L’accès à la Russie coté caspienne étant restreint par le delta de la Volga à traverser, l’ensemble du trafic se fait par le nord. Certaines portions de quelques mètres sont en travaux, alors il faut à nouveau quitter la dentelle pour broder sur les pistes parallèles sablonneuses jonchées de débris de camions.

 

 

 

 

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Nous croiserons moins d’un  véhicule « tout terrain » par heure. Celui-ci sera sorti de nulle part. En plus du pilote, il y a 2 passagers de plus à bord. après une conversation sans mot comparant nos pétoires de conception pas si éloignées, ils repartiront en nous doublant sans crier gare et sans éviter les trous sur ce terrain qu'ils connaissent si bien.

  

 

 

 

 

 

 

En revanche, les vaisseaux du désert sont assez nombreux et guère sympathiques.

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C’est en fin d’après midi que nous rencontrerons des bergers au milieu d’un troupeau de 300 bêtes. Contact irréel avec ces jeunes hommes de la steppe. Presque sans dialogue, il y a connexion. Encagoulés d’un tissu blanc pour combattre les brûlures cinglantes du sable et du soleil, ils veulent être pris en photo et nous demandent de l’eau.

 

 

Et puis c’est la rencontre irréelle. Là au milieu de nulle part dans une nature silencieuse  une ombre plane au dessus des motos ! Nous avons atteint le royaume des aigles. Il s’envole à l’approche de notre caravane, glisse sur le vent et adapte sa vitesse pour être à nos côtés quelques instants avant de nous faire l’intérieur et survoler nos carcasses d’un coup d’ailes. Nous vivons un véritable instant d’éternité en leur compagnie.   (vidéo à suivre)

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Le soleil devient rasant, il est temps de chercher un spot pour passer la nuit, à l’abri des regards, dans une immensité plate. Un pont sous la ligne de chemin de fer rehaussée nous permettra de basculer de l’autre coté du talus pour devenir invisible depuis la route. 

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C’était sans compter sur le 4x4 rutilant, remontant, tous feux éteints entre chien et loup, le long de la voie ferrée de ce côté ci, une fois notre bivouac installé. La nuit fut peuplée d'angoisse et de cauchemars éveillés dans le bruit métallique des longs convois cheminots.

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Le soleil des steppes se lève très tôt. A 5 heures nous avons déjà remballé nos affaires et nous sommes prêts à reprendre notre chemin.

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L’état de la route est toujours catastrophique. Le nid de poule kazakh est proportionnel à la taille du pays. Ici, nous sommes des lilliputiens slalomant sur la ligne de crête des boites d’œufs de dinosaures ! La route des golgoth ! D’ailleurs nous pensons fortement à un autre voyageur bouclant son tour du monde, qui empruntait quelques mois plus tôt cette même route en sens inverse. Il nous a décrit lors de notre rencontre ce qu’avait été pour lui ce tronçon sur la carte. Si nous trouvons cette étape difficile nous avions l’avantage d’avoir obtenu d’un motard en 125 passé 3 mois plus tôt, des notes précises au kilomètre prêt. Les difficultés sont décroissantes dans le sens sud/nord. Le pire étant toujours derrière nous, il a été plus motivant de continuer d’avancer vers le meilleur. Nicolas lui allait vers l’inconnu sur une route d’enfer qui sans cesse se dégradait !

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C’est en fin de matinée qu’on récupère un vrai bitume avec même une signalisation horizontale. 

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Nous revenons dans la civilisation.

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L’arrivée sur Aktobe sera triomphale ! 

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Nous avons réussi notre challenge. C’est une grande victoire pour nous. Le challenge suivant sera de trouver un hôtel qui acceptera de nous héberger pour la nuit. Près de 3 heures auront été nécessaires pour accéder à une chambre avec douche.